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Le Grand lagarosiphon

Lagarosiphon major (Ridl.) Moss, 1928

Grand lagarosiphon (Lagarosiphon major)

Une plante aquatique en expansion

 

Statut : plante interdite par la réglementation

Règlement européen n°1143/2014 relatif à la prévention et à la gestion de l'introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes

 

Le Grand lagarosiphon est une plante aquatique immergée. Ses feuilles caulinaires, allongées et acuminées sont insérées en spirale sur la tige et fortement recourbées vers le bas. La plante fleurit rarement et lorsqu’il y a floraison, celle-ci est très discrète. Elle est cependant capable de former des herbiers très denses et monospécifiques grâce à son rhizome enraciné dans les sédiments et ses nombreuses ramifications formant de longues tiges.

Uniquement des pieds femelles ont été observés en dehors de son aire d’origine. Il se reproduit grâce à des fragments de tiges détachés de la plante mère. De cette manière, il est capable de coloniser rapidement les plans d’eau et d’en affecter les caractéristiques en ralentissant le débit de l’eau. Les populations denses et monospécifiques bloquent également la lumière et occupent un large espace. De cela nait une situation de forte concurrence avec la faune et la flore locale qui peut engendrer une diminution de la biodiversité dans les zones colonisées. Cette situation est amplifiée par la capacité du Grand lagarosiphon à modifier les conditions du milieu : pH plus élevé dû à la consommation de bicarbonate pour la photosynthèse, augmentation de phosphore et du nitrogène dissous, changement de température, diminution de l’oxygène dissous.

De plus, la décomposition des herbiers durant la période hivernale pose problème car elle peut augmenter la sédimentation des zones colonisées et modifier la topographie du plan d’eau. Des herbiers aussi denses présentent également une gêne pour les activités humaines (pêche, navigation, activités nautiques) et peuvent présenter un impact économique fort.

Originaire d’Afrique du Sud, le grand lagarosiphon est aujourd’hui recensé en Australie et en Nouvelle-Zélande ainsi que dans de nombreux pays d’Europe de l’Ouest (Royaume-Uni, Irlande, Suisse, Autriche, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Belgique, France) où il est reconnu comme espèce envahissante à haut risque. Il d’abord été importé car il été très apprécié des aquariophiles.

En France, il a été observé pour la première fois en milieu naturel dans le Bassin Parisien en 1940. Elle a été considérée naturalisée dans les années 1960. Aujourd’hui, il pose problème surtout dans la partie Ouest du pays. Des mesures de gestion ont déjà été testées au sud-ouest. La plante a été relevée pour la première fois dans la région Midi-Pyrénées dans les Hautes-Pyrénées en 2001. Depuis, elle a également été observée dans le Gers, le Lot, le Tarn, le Tarn-et-Garonne et la Haute-Garonne.

Plusieurs plans d’eau ont été l’objet d’études concernant l’élimination ou la maîtrise de la population de Grand lagarosiphon. Le plus emblématique est l’exemple du lac de Corrib en Irlande entre 2008 et 2013. En France, l’étude la plus importante a été effectuée sur l’Etang Blanc dans les Landes. La plupart des études sont en accord pour définir les meilleurs moyens d’actions.

Lorsque la colonisation du plan d’eau est encore limitée, l’arrachage manuel semble être la meilleure option. Il permet de sélectionner spécifiquement l’espèce à arracher et a donc un faible impact sur l’écosystème. Il permet également de retirer l’intégralité de la plante. Il faut cependant faire attention à ne pas créer de nouveaux fragments qui, s’ils sont laissés dans l’eau, pourront établir une nouvelle population.

L’arrachage manuel peut être utilisé en complément d’un moissonnage grâce à des bateaux moissonneurs. L’arrachage mécanique est en partie efficace cependant il ne permet pas de retirer l’intégralité de la plante et est susceptible de laisser des fragments pouvant former de nouveaux herbiers.

Le contrôle biologique par l’introduction d’espèces mangeant le grand lagarosiphon a été testé. Ces tests n’ont pas été concluants car l’appétence du Grand lagarosiphon est moindre que celle d’autres macrophytes et il ne sera donc consommé qu’en dernier recours.

Des essais ont également été menés avec des herbicides. Certains se sont révélés intéressants en Nouvelle-Zélande mais les risques pour l’environnement sont majeurs et l’utilisation des herbicides est interdite en milieux aquatiques.

Dans certains cas, il est possible d’assécher le plan d’eau à condition qu’il ne soit pas trop grand et qu’il ne présente pas un intérêt écologique majeur. Pour que cette méthode soit une réussite, il faut pouvoir s’assurer du séchage complet des sédiments car le Grand lagarosiphon peut résister même avec une humidité faible.

Sur le lac de Corrib en Irlande, des secteurs ont été traités en posant de la toile de jute biodégradable dans le fond du lac recouvrant les populations de Grand lagarosiphon et le privant ainsi de lumière. Cette méthode s’est révélée très intéressante car le grand lagarosiphon est mort très rapidement et une repousse de macrophytes autochtones a été observée au bout de 4 mois.

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Références bibliographiques

Conservatoire Botanique National de Bailleul, 2015. Fiche Lagarosiphon major.  www.cbnbl.org/IMG/pdf/fiche_eee_lagarosiphon_major_cbnbl.pdf

GT IBMA. 2016. Lagarosiphon major. Base d’information sur les invasions biologiques en milieux aquatiques. Groupe de travail national Invasions biologiques en milieux aquatiques. UICN France et Onema. http://www.gt-ibma.eu/espece/lagarosiphon-major/

MATTHEWS J. et al, 2012. Knowledge document for risk analysis of the non-native Curly Waterweed (Lagarosiphon major) in the Netherlands. 46p.

SERAT E.. Gestion du Lagarosiphon sur le lac de Corrib en Irlande. Comité français de l’UICN. http://www.onema.fr/sites/default/files/Grand_Lagarosiphon_R2.pdf

 

Rédactrice : Elise Delacre (CBNPMP)